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Alexandre Astier : le roi Arthur passe à table !

 
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guenièvre
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PostPosted: 25/12/2006 14:10:21    Post subject: Alexandre Astier : le roi Arthur passe à table ! Reply with quote

La légende d'Arthur et de ses chevaliers revue, corrigée et... piétinée ! Pas de quoi perdre sa couronne pour Alexandre Astier, roi du l'audience. Sa Majesté nous a ouvert les portes du château. Il nous livre ses secrets de la quête du gag !


TELE POCHE : Comment le Roi Arthur est-il entré dans votre vie ?
Alexandre Astier : Je cherchais un chef impliqué dans des situations "Defunessiennes". Un type dont l'esprit rapide serait sans cesse confronté à la lenteur de son équipe. Il me fallait aussi un sujet sur lequel l'imagination collective nourrissait déjà quelques clichés : le Graal, Excalibur... Un gros engin que je puisse redescendre de dix crans.

TELE POCHE : Les premiers mots de l'histoire de Kaamelott, c'est "Dies irae"...
Alexandre Astier : Tout à fait. C'est le titre de mon second court métrage déjà consacré à la légende d'Arthur. À l'époque, on avait une production dite familiale, appelée l'Acting Studio, qui était aussi une école d'acteurs. On a donc réalisé le court avec l'argent des cours. Il a fait le tour du monde, récolté beaucoup de prix. Et mon agent l'a envoyé, entre autres, à Calt, une boîte de prod'. Je n'ai pas eu le temps d'en adresser un second : le lundi, j'étais dans leurs bureaux et, le mardi, j'écrivais les premières lignes de la série.

TELE POCHE : Quel était votre métier au départ, acteur ou réalisateur ?
Alexandre Astier : Musicien. Je suis rentré au Conservatoire, à l'âge de 6 ans, et j'en suis sorti, à 22, avec un premier prix de solfège. J'étais parti pour faire de l'harmonie, de l'écriture et jouer de la contrebasse. Le problème, c'est que je suis fils de comédiens et il est très difficile d'échapper à l'atavisme !

TELE POCHE : Vous semblez très vigilant par rapport à l'évolution d'Arthur ?
Alexandre Astier : Ma vigilance est d'abord induite par le fantasme que j'ai de la télé, un milieu potentiellement dangereux. En principe, selon les règles du marketing, un "access" ne doit jamais être en 16/9, il réclame des lumières pétantes et un volume sonore élevé pour rivaliser avec la pub qui passe au même moment sur les autres chaînes. Enfin, il faut des rires très fréquents. Or, pour moi, Kaamelott ne peut être qu'en 16/9, très peu éclairé, et ne pas donner lieu à des cascades de rires à chaque scène.

TELE POCHE : Mais alors, que faites-vous là ?
Alexandre Astier : Je vous le demande ! D'autant que conserver cette marginalité réclame encore plus de vigilance.

TELE POCHE : Comment résister à la pression ?
Alexandre Astier : Je suppose que c'est une question de caractère. Et puis, je n'ai pas peur. Je crois qu'il ne faut jamais être là où l'on nous attend. Sinon, on fait quelque chose qui ne sert à rien. À l'adolescence, comme tout le monde, j'avais deux options : être complètement intégré ou totalement désintégré. J'ai choisi la deuxième solution et je l'ai gardée. À la télé, on paye des gens très cher pour donner au téléspectateur ce qu'il attend. Moi, je pense qu'il faut donner au public ce dont il a besoin, mais pas ce qu'il attend.

TELE POCHE : Vous écrivez, réalisez, jouez, mettez en scène et composez. Est-ce parce que vous êtes surdoué, hyper actif ou hyper angoissé ?
Alexandre Astier : C'est un peu compliqué... Déjà, faire écrire des auteurs, ce n'est pas mon truc. On peut leur insuffler une trame, une ligne générale, mais pas la musicalité du dialogue, ce qui m'intéresse avant tout. De plus, les auteurs de série écrivent selon une bible et se montrent bons élèves par rapport à cette trame. Or, c'est justement une écriture à laquelle j'essaye d'échapper, puisque je m'évertue à être mauvais élève avec ma propre bible, toujours un cran plus loin. D'amener un personnage qu'on a cru cruel vers une
certaine douceur, de montrer l'affection qu'Arthur porte à Guenièvre au-delà de l'espèce de répugnance qu'il éprouve. Et puis, je n'arrive pas à déléguer parce que je n'ai pas encore rencontré des gens qui me scotchent. Quand je les rencontre, je me tais et je laisse faire.

TELE POCHE : Et en passant à la cantine, vous rallongez une sauce, à l'occasion ?
Alexandre Astier : Euh... Je ne m'occupe que de ce qui est musical !

TELE POCHE : Le but de tout cela, n'est-ce pas d'arriver à un long métrage ?
Alexandre Astier : Absolument, le film commencera à partir de la fin de la septième saison. Il sera compliqué à monter et coûtera assez cher. C'est un gros challenge pour mon producteur Jean-Yves Robin, mais quand je lui ai dit : "On part pour un Seigneur des Anneaux, il a dit : Banco !

TELE POCHE : Vous nous préparez un nouveau Seigneur des Anneaux ?!
Alexandre Astier : Cela s'intitulera Kaamelott, suivi d'un sous-titre, car il n'y en aura pas qu'un seul... La légende arthurienne le mérite bien.

TELE POCHE : Votre métier n'étant pas "Roi Arthur", ne risquez-vous pas de vous faire enfermer dans le personnage ?
Alexandre Astier : Tous les trucs qui me sortiront du bougon Arthur, s'il sont bien écrits, je les ferai. J'ai tourné dans Comme t'y es belle, un film de Lisa Alessandrin qui sortira en mars. Et si les metteurs en scène ne m'appellent pas, eh bien, je me concocterai du sur-mesure. Le rôle d'Arthur est "incarcérant" mais pas bouffant car le personnage reste ouvert.

TELE POCHE : Justement, qui est Arthur ?
Alexandre Astier : C'est un dépressif clinique qui, comme tous les dépressifs, a des sursauts de très bonne santé, donc une large palette de sentiments.

TELE POCHE : Et Alexandre, comment est-il ?
Alexandre Astier : Ça fait un moment que je ne l'ai pas vu ! Il a des points communs avec Arthur. Sans être dépressif, quelque part, il doit souffrir de boulimie... Et il se précipite vers ses enfants quand il a deux minutes.

TELE POCHE : Un message pour Arthur ?
Alexandre Astier : C'est une phrase à laquelle j'aimerais qu'il pense tous les matins en se levant : « Bienheureux les simples d'esprit car le royaume des cieux leur appartient. » Ce n'est pas de moi, c'est une phrase du Christ. Et c'est la thématique parfaite de Kaamelott qui démontre que les cons ont une place dans la vie. Et peuvent même décrocher la timbale !

Entretien : Isabelle Dhombres

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