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Alexandre Astier (Kaamelot) : La fiction française est trop surveillée !

 
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guenièvre
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PostPosted: 05/11/2007 18:17:51    Post subject: Alexandre Astier (Kaamelot) : La fiction française est trop surveillée ! Reply with quote

A l'occasion des festival Scénaristes en Séries qui s'est tenu du 18 au 21 octobre 2007 à Aix-Les-Bains (73), l'équipe de SeriesLive.com a pu discuter avec Alexandre Astier (acteur, scénariste et réalisateur de Kaamelott) pour parler de la fiction française et de ses futurs projets.

SeriesLive : Quel regard portez-vous sur votre expérience ?

Alexandre Astier : La conscience d’avoir un rôle qui n’est pas du tout de mon fait suit un peu ce qui disait Coluche : On vaut que ce que l'on rapporte. C’est-à-dire, je suis là parce que j’enrichis des gens autour de moi, que ça soit les chaînes, les annonceurs. En fait, la plus grande expérience à tirer de tout ça est d'admettre cette réalité télévisuelle, de ne pas mal le prendre et de rester créatif à l’intérieur de ce système qui est quand même un mauvais pitch. Ce n’est pas très agréable de se dire que le jour où on fait un truc, même super bien, mais que ça ne prend pas, il finira à la poubelle parce qu’il ne rapporte rien. Il faut s’habituer à ça et se dire que ce n’est pas « anti-création ». Il faut essayer d’être dedans comme dans une cour de récréation et de s’amuser, faire des trucs class. Il faut bien avoir conscience que l’on fait partie d’un système et que si jamais on ne rapporte pas d’argent, on ne peut pas rester à l'antenne. C’est pareil au théâtre, si des fauteuils sont libres, c’est-à-dire qu’il y a un problème.

Quelle place avez-vous dans la production de Kaamelott ?

Ce n'est pas ce que vous croyiez. Je ne bois pas d’alcool, je ne fume pas de cigarette, vous voyez je ne suis pas de ce genre là. En revanche, je n’ai pas beaucoup de centre d’intérêt à part ma famille et le fait de travailler beaucoup, qui pour est pour moi très important et rigolo. Quand on a pas beaucoup de sujets tiers ou secondaires, on peut faire énormément de choses en une journée. Moi, je travaille vite c’est vrai, mais je ne doute pas trop de ce que je fais, donc j’y vais. Je suis un peu organisé mais je peux encore faire des progrès là dedans, on peut faire énormément de choses dans une journée même tout seul. Et je sais dormir peu, deux heures pendant le tournage pendant un mois, je sais le faire. Je sais faire des sommeils flash sur le plateau. Je sais organiser le fait de pouvoir travailler vraiment bien pendant 18 à 20h par jour, pendant un mois. Pas plus d'un mois, c'est physiquement impossible, mais j’ai appris à le faire.

On parle beaucoup en ce moment de la "crise" de la fiction française, vous ne vous sentez pas touché par ce phénomène ?

Il y a quand même une ambiance générale. Il y a une ambiance qui n’est pas bonne en ce moment. On est pas trop touché quand même. Vous savez vous faites une soirée où vous achetez deux 52’ d’une série américaine, ça doit coûter quand même un tiers de moins qu’une série française à financer, encore moins si ça se trouve. Le truc, c’est que pour qu’il y est du français, il faut que ça tabasse. Le problème, c’est le cercle vicieux : s'il y a une série française qui ne fonctionne pas, on dit : « la série française ne marche pas », c’est un raccourci énorme. Par conséquence, on bride la série française, c'est-à-dire qu’on la surveille encore plus, et comme on la surveille, elle crée encore moins, elle est de plus en plus convenue etc… La peur engendre la peur. La peur est du côté des scénaristes, des producteurs, des diffuseurs, tout le monde a la trouille et ça donne des trucs absolument imbuvables. Pour qu'on dise que la série française va bien, il faut en fait qu’elle donne confiance aux gens. Quand quelque chose va mal, ce qu’il ne faut pas faire, c’est l’incarcérer et la surveiller, au contraire. Il faut la lâcher, et ce n’est pas le réflexe. En ce moment, je la trouve très bridée. Autant Un gars une fille, Kaamelott, Caméra Café, je pensais que le salut de la fiction française était là. On disait que l’originalité était dans le format court, très court. Non ! Je pense que l’originalité du format court, c’est d’être peu surveillé. Le salut, si péril il y a, de la fiction française, c’est d’arrêter de la surveiller comme ça. Il se trouve qu’en ce moment, la cour de récréation la moins surveillée de la fiction française est le format très court. Mais ce n’est pas une décision, ça c’est fait comme ça. En revanche, il y a un vrai exemple à prendre la dessus, c’est que ce qui n’est pas surveillé arrive à éclore mieux. C’est une leçon qu’on ne fait pas, c’est très curieux parce que pourtant si on étudie le phénomène, c’est quand même très clair pour moi. Entre ça et prendre exemple sur les séries américaines qui sont surveillées par des gens compétents, le mot d’ordre, ça devrait quand même être laisser écrire les gens. Ca ne l’est pas, et je ne sais pas pourquoi.

© CALT Production et M6

Les 52’ sont une commande de la chaîne ou de votre propre initiative ?

D'ailleurs, les deux prochains 52' seront diffusés le 5 novembre 2007 sur M6. La commande de la chaîne, c'est de faire des 52’ qui sont des évènementiels, de temps en temps, faire une soirée Kamelott. Ma demande à moi, c’est que Kamelott devienne des 52’. Ce n’est pas la même chose. Les 52’ sont donc une volonté commune, la forme que ces 52’ prendrait, c’est là où on essaie de s’accorder en ce moment.

J’aimerais qu’une saison soit composée de 8 épisodes et j’aimerais que la diffusion soit relativement ramassée. Par exemple, pas plus de 4 semaines, c’est-à-dire une soirée de 2 épisodes hebdomadaires voire même bihebdomadaire (ndlr : deux fois par semaine), j’aimerais que les gens qui veulent suivre puisse faire un gros coup Kamelott et puis qu’il y en ai plus rien pendant un moment.

Si ça se fait, ça sera une vraie révolution…

Oh, oui c’est possible. En revanche, le format d’access prime à 20h40, qui marche bien, on ne peut pas l’enlever comme ça. C’est-à-dire que c’est un moment où il y a beaucoup d’argent en jeu. Les annonceurs de cette tranche horaire là sont une manne, donc il faut faire attention de ne pas créer un gouffre. Après, c’est une histoire d’équilibrer la chose.

A part cette transition vers le 52’, vous avez d’autres projets ?

J’ai très envie de faire une série de 52 minutes sur la mafia. Je la veux vraiment. J’aimerais faire environ 12 épisodes. De plus, j’écris en ce moment un script de dessin animé en 3D pour le cinéma pour enfants, ce qui est très difficile à faire. C’est un des boulots les plus difficiles.

Une série sur la mafia de la veine des Sopranos ou de Mafiosa ?

On pourrait dire dans la veine de Analyze This (Mafia Blues en France). C’est un film avec Billy Crystal et DeNiro. C’est un peu comédie, c'est un film sur la mafia mais avec un mec qui ne fait pas exprès d’être dedans. Le parrain de la mafia dont je veux parler est un peu parrain à son insu, il y a donc une part un peu comédie dedans. Pour l’instant, le projet est en développement. Le problème n’étant pas de savoir si je vais pouvoir le faire, car je vais pouvoir le faire, mais c’est de savoir quand et avec qui.

Pensez-vous dans tous vos projets être derrière et devant la caméra comme pour Kaamelott ?

Plus les projets sont personnels, plus l’histoire que je veux raconter tient à cœur, plus j’ai envie d’être de partout en effet. C’est ma façon de fabriquer les choses. Dans le projet de dessin animé, évidemment, là je me poste vraiment en tant que scénariste et co-réalisateur. Pour d’autres projets, je pourrais imaginer une charte de réalisation ce qui m’éviterait de prendre le poste de réalisateur. De plus, je commence à bien savoir gérer ce type de travail, je préfère donc mettre ça à profit.

Interview réalisée au cours du festival Scènaristes en Séries. L'équipe de SeriesLive souhaite remercier Alexandre Astier pour nous avoir accordé cet entretien, ainsi que Aurélie Lemire. La reproduction, même partielle, est interdite sans autorisation préalable de la part de SeriesLive.

par Thibault Vincent et Baptiste Jacquiau
Publié le 27/10/2007 à 14h51


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